airbus

Le vrai prix d’un airbus

Comme d’habitude, il y aura des contrats à foison, des poignées de main chaleureuses, des flashs dans des salles bondées. Comme d’habitude, il y aura des sourires Ultra Brite, des communiqués triomphants d’Airbus et de Boeing sur des ventes de dizaines d’avions, pour un montant de plusieurs milliards de dollars… « au prix catalogue ». Le scénario est écrit d’avance: au grand barnum du Salon du Bourget (la 50e édition se déroule du 17 au 23 juin), les deux champions mondiaux gonfleront encore, avec force contrats géants, leurs énormes carnets de commandes –554 milliards de dollars pour l’Européen, 324 milliards pour l’Américain. Oui, vraiment, le film s’annonce parfait. A une nuance près: les chiffres communiqués ne valent pas un kopeck. « Jamais un client n’a acheté un avion au prix catalogue communiqué par les avionneurs », rigole Richard Aboulafia, vice-président du cabinet américain Teal Group. Un A 320 NEO à « 100,2 millions de dollars » ? Poudre aux yeux. Le nouveau long-courrier 787 Dreamliner de Boeing à « 206,8 millions » ? Légende savamment entretenue, tout comme le gros-porteur A 380 à « 403,9 millions ». « Le prix catalogue, c’est un écran de fumée, reconnaît un ancien dirigeant d’Airbus. Il sert d’artifice de communication, pour aboutir à des montants de commandes énormes. Et comme les avionneurs l’augmentent chaque année, il permet une gesticulation commerciale pour mieux négocier avec les compagnies. » Quels sont les vrais prix de marché ? C’est le secret le mieux gardé de l’industrie. Même le volubile Tony Fernandes, patron de la compagnie low cost malaisienne AirAsia (475 A 320 commandés), se rembrunit à l’évocation du sujet. « Confidentiel, je ne peux pas en parler. » D’ailleurs, un ancien dirigeant d’EADS avoue: « Je n’ai jamais vraiment su les vrais discounts pratiqués. » Les prix de marché estimés par le cabinet spécialisé Ascend pour Challenges (voir graphique ci-dessus) donnent une idée précise: la comparaison entre prix de marché et prix catalogue met en évidence des rabais qui frôlent ou dépassent les 50 % sur tous les types d’appareils. « Les grosses compagnies atteignent parfois 60% de remise, les plus petites commandes se contentent de 35-40 % », estime Scott Hamilton, consultant au cabinet américain Leeham. A ce jeu de poker, chacun joue sa propre carte. « Les clients de lancement obtiennent de bons prix, car les premiers avions sont souvent plus lourds que prévu, souligne Les Weal, chef de la division de valorisation des appareils à Ascend. Les loueurs sont favorisés, car ils sont de gros clients ; les compagnies comme Singapore Airlines ou Cathay Pacific parce que leur seul nom donne une crédibilité à un programme. »

Comments are closed.